Aug
16
Un (autre) manuel d’histoire truffé d’erreurs
August 16, 2008 |
L’Occident en 12 événements
De l’industrialisation à la reconnaissance des libertés et des droits civils
Par Sébastien Brodeur-Girard, Linda Frève et Claude Vanasse
En collaboration avec Nathalie Bergeron et Maxime Pelchat
(Donc au moins cinq personnes qui ont lu le manuel.)
Éditions Grand Duc, 2006
Aujourd’hui dans La Presse, Clément Sabourin nous a offert un petit florilège des aberrations que renferme un manuel d’histoire de deuxième secondaire autorisé par le ministère de l’Éducation. Par manque d’espace, le journaliste n’a donné qu’un aperçu des faussetés du manuel. En fait, celui-ci fourmille tellement d’erreurs qu’il devrait intéresser un collectionneur.
Notre page web n’a pas de limite d’espace ; voici donc une liste détaillée :
P.288 : « C’est d’ailleurs en Allemagne que (…) Albert Einstein effectue ses recherches sur la relativité. »
Faux. Il était un modeste commis aux brevets à Berne, en Suisse, lorsqu’il a élaboré, en 1905, sa théorie de la relativité. On peut suivre sa démarche, mois par mois, dans « Einstein 1905 : The Standard of Greatness », Harvard.
E=mc²: Einstein Explains His Famous Formula
P.320 : « Expédition française vers Fachoda (1898 ou 1899) »
Trop paresseux pour vérifier ? 1898.
* 10 juillet :Marchand atteint Fachoda
* 18 septembre : Kitchener atteint Fachoda et se retrouve face au drapeau français
P.379 : « Après la France, (guerre d’Indochine, 1946-1954) les Américains envahissent le Vietnam pour déstabiliser le régime communiste. »
Précisons que le Vietnam était alors divisé en deux. Le gouvernement, parfaitement corrompu, du Sud-Vietnam a demandé l’aide des Américains parce que le Nord-Vietnam communiste encourageait ses partisans armés dans le sud à déstabiliser le gouvernement.
P.384 : « En 1959, après l’émeute de Sharpeville qui a fait 67 morts, … »
Faux. Le massacre de Sharpeville (Afrique du Sud) a eu lieu le 21 mars 1960.
P.396 : « Le courant de pensée du pouvoir noir devient plus important après l’assassinat de Martin Luther King et donne naissance à deux organisations : les Black Panthers ( les Panthères noires) et les Black Muslims (les musulmans noirs). »
Martin Luther King a été assassiné le 4 avril 1968.
Les Black Panthers ont été fondées à Oakland, Californie, deux ans plus tôt, le 15 octobre 1966, par Huey P. Newton et Bobby Seale.
Quant aux Black Muslims dont le nom officiel est « The Nation of Islam », ils ont été mis sur pied dès 1930 par Wallace Fard. En 1934, Elijah Muhammad en est devenu le chef. Malcolm X a quitté la Nation of Islam en 1964.
P.406 : « Description du township de Soweto par André Brink, romancier français. »
Comme on peut lire ici, André Brink est un écrivain sud-africain, né le 29 mai 1935 à Vrede, en Afrique du Sud.
Le chapitre sur les Nazis : 8 pages très aérées (412-420)
P. 412 : Les auteurs présentent une carte de la « répartition de la population juive européenne ».
On n’y trouve que quatre pays. De plus la carte représente l’Allemagne moderne. Donc Danzig et Breslau sont situées en Pologne…
P.415 : « En 1933, certains des dirigeants des SA sont éliminés et la section est remplacée par les SS.»
Faux. La « Nuit des longs couteaux » a eu lieu le 30 juin 1934. Il faut évidemment deviner que SA veut dire « schutzabteilung » (section d’assaut).
Par ailleurs les SA n’ont pas été « remplacés ». Les SA ont existé jusqu’à la fin de la guerre.
P. 416 : « D’autres camps seront créés à partir de 1941 ; d’abord camps de travail. Ils deviendront des camps d’extermination comme ceux de Treblinka, Auschwitz-Birkenau et Chelmno. »
Treblinka et Chelmno n’ont jamais été des camps de travail.
P.416 : « En URSS, à l’époque de Staline, on parle de l’enfer du goulag, nom donné à l’ensemble des camps de concentration de Sibérie »
Il y avait des camps dans toute l’Union soviétique y compris dans la partie européenne de la Russie, en Ukraine et en Biélorussie.
P.418 : Les lois de Nuremberg, 1935
« (..) Leurs biens sont confisqués. »
C’est en 1938 et il faudrait nuancer. Jusqu’à l’automne de cette même année, plus de la moitié des quelque 100 000 entreprises de propriétaires juifs sont saisies. Celles qui restent sont alors liquidées ou remises par coercition à de nouveaux propriétaires non juifs (donc « aryanisées ») qui les rachetaient à des prix fixés par les Nazis, bien inférieurs à leur valeur réelle.
P.418 : « Le 25 juillet 1938, une ordonnance interdit aux médecins juifs d’exercer leur profession. »
Plus précisément, les médecins juifs se virent interdire de soigner des non-Juifs.
P.418 : « À partir de 1939, les Juifs et les Juives d’Allemagne doivent obligatoirement porter l’étoile de David sur leurs vêtements. Les nazis les entassent dans des ghettos où ils et elles sont privés de nourriture et vivent dans des conditions horribles. »
Faux : c’est à partir de septembre 1941 que les Juifs d’Allemagne (six ans et +) doivent obligatoirement porter l’étoile de David sur leurs vêtements.
Faux. Il n’y avait pas de ghettos en Allemagne.
P.419 : « Le 20 janvier, Adolf Eichmann convoque la conférence de Wannsee. Adolf Hitler, Reinhard Heydrich et Heinrich Himmler y mettront au point les procédures d’extermination de toute la population juive d’Europe. »
Faux. Adolf Eichmann n’a rien convoqué. C’est son supérieur hiérarchique Reinhard Heydrich qui a envoyé la convocation l’automne précédent. Le 20 janvier est la date de la réunion et non de la convocation. Par ailleurs, ni Hitler ni Himmler n’étaient à la réunion.
Film à voir :
The Wannsee Conference
A precise, real-time (exactly 85 minutes - the length of the actual event) reenactment of the infamous Wannsee Conference.
Run Time: 87 minutes
Release Date: 1984
Director: Heinz Schirk
Ce film qui respecte rigoureusement les faits a été tourné à partir du procès-verbal de la réunion.
P. 419 : Adolf Eichman (1906-1962)
« C’est lui qui propose la « solution finale » et qui assume toute la logistique de l’opération »
Archi-faux : Hitler a proposé la « solution finale ».
P.419 : Carte des camps de concentration et d’exermination nazis. Les auteurs ont indiqué la date de fondation des camps entre parenthèses.
Nuengamme (1938): C’est plutôt Neuengamme en 1940
Gross Rosen (1941) : Le camp a été créé en 1940
Auschwitz Birkenab : Auschwitz-Birkenau comme l’écrivent d’ailleurs les auteurs à la page 416.
Oranienburg (1936) : Le camp a été créé en mars 1933
Chelmno (1942) : Le camp a été créé en décembre 1941
D’ailleurs on peut lire à la page 420 : « Le premier camp a été construit à Chelmno à l’automne 1941 »
Ravensbrück (1943) : Le camp a été créé en novembre 1938
Stutthof (1942) : Le camp a été créé en septembre 1939
Katmas : Kaunas, on peut aussi écrire Kovno, mais pas Katmas
Pour en savoir plus : Holocaust Encyclopedia
P.449 : « Cape Coloured : descendants des esclaves africains amenés en Afrique du Sud par les Néerlandais. »
Les Néerlandais n’ont amené aucun esclave avec eux. Les « Cape Coloured » descendent des différents groupes d’esclaves de l’Afrique du Sud ( malais, malgaches et Khoi).
P. 450 : Ghetto : quartier réservé strictement à une catégorie de la population, par exemple les ghettos juifs en Allemagne sous le régime nazi ou les ghettos noirs des grandes villes américaines.
Faux. Il n’y avait pas de ghettos en Allemagne.
« Réservé strictement » ? Un Blanc peut louer un appartement à Harlem…
P.474 : Carte de l’Afrique
Algers : Alger
Sierra Leona : Sierra Leone
Addis Ababa : Addis-Abéba
P.475 : Carte de l’Asie
Ulaanbaatar : Les auteurs ont adopté le terme mongol. Sur les cartes françaises, on écrit « Oulan Bator ».
Jakarta : Les auteurs ont adopté le terme anglais. Sur les cartes françaises, on écrit « Djakarta ».
Azerbaïdjan : sur la carte de l’Asie, la capitale est Baku. Sur la carte de l’Europe (p.476) la capitale est Bakou.
Quelques perles :
P.325 : « En 1914, peu après le déclenchement du conflit, les armées ennemies se retrouvent rapidement face à face, ce qui entrave leur capacité de déplacement. »
P.378 : « D’autres peuples vivent encore aujourd’hui sous la domination d’un pays étranger. (..) Les Antilles françaises (Martinique et Guadeloupe) par exemple, appartiennent encore à la France. »
Il faudrait en avertir notre ministère des Relations internationales.
P.413 : Sous le titre : NE PAS CONFONDRE
Totalitarisme : régime autoritaire dans lequel tous les moyens sont mis en œuvre pour l’unité de la nation. (…)
Fascisme : système politique visant à créer un État totalitaire dans lequel les droits et libertés des personnes sont supprimés.
Nazisme : régime fasciste et totalitaire allemand entre 1933 et 1945 sous Adolf Hitler.
P.449 : « Antisémite : personne qui déteste les Juifs et les Juives de manière irrationnelle. »
Donc, si c’est de façon rationnelle, c’est correct?
P. 452 : Petit lexique des auteurs pour éclairer les élèves
« Prolétaire : ouvrier ou ouvrière qui fait partie du prolétariat. »
« Prolétariat : ouvrier ou ouvrière faisant partie de ce que l’on appelle aussi la classe ouvrière. »
Au début du manuel, on peut lire :
Pour leur travail de vérification scientifique, l’Éditeur témoigne sa gratitude à Mme Martine Dumas, professeur au Cégep Limoilou et chargée de cours en histoire à l’Université Laval.
MM. Roland Gosselin, chargé de cours en histoire à l’Université Laval, Jacques Mathieu, professeur en histoire à l’Université Laval et Michel de Waele, professeur en histoire à l’Université Laval.
L’Éditeur remercie aussi quatorze autres personnes « pour leurs judicieux commentaires, remarques et suggestions à l’une ou l’autre des étapes de l’élaboration du projet. »
Ajoutons le Comité-conseil sur l’évaluation des ressources didactiques (CCERD).
Sur le même sujet :
Sous le titre Les manuels de l’insignifiance, la revue l’Actualité a fait une critique ravageuse des manuels d’histoire de nos écoles.
Le Kiosque avait alors vérifié les faits et uniquement les faits d’un de ces manuels, « D’hier à demain », écrit par Christian Laville, professeur associé de didactique de l’histoire à l’Université Laval. Il était truffé d’erreurs.
Les olibrius
Le ministère de l’Éducation du Québec est envahi depuis plus d’une trentaine d’années par des «lologues» de toutes les sortes qui ont réussi à saccager notre système d’éducation. L’un des acteurs principaux et des fleurons de l’évolution du Québec, ce ministère est devenu un repère d’olibrius malheureusement dangereux.
Commentaires
1 Comment so far
C’est inacceptable, bien sûr. Mais, maintenant… on fait quoi?