Avez-vous déjà comparé la couverture d’un livre d’histoire français à celle d’un autre traitant de la même période venant d’un pays anglophone? Ce n’est probablement pas le genre de réflexion qui vient tout de suite à l’esprit lorsqu’on est obligé de lire ces livres pour quelque travail. Mais après la lecture de plusieurs livres d’histoire écrits autant en anglais qu’en français, nous avons constaté que les anglophones semblent avoir une approche différente de celle de leurs collègues francophones. Il suffit de quelques secondes pour voir le contraste entre l’approche anglo-saxonne et l’approche française sur les couvertures ci-dessous.

roman-empire.jpgLe livre anglais ressemble à une fiction historique à succès, à un livre qu’on retrouverait en vedette à l’entrée d’une librairie. Cependant il ne s’agit pas d’un pseudo-ouvrage historique romancé écrit par un inconnu qui n’a lu qu’une traduction d’un discours de César et qui se croit par le fait même historien. Il s’agit d’un livre fort sérieux écrit par Peter Heather, un des plus grands spécialistes des Goths et des Huns, ces peuples qui entrèrent en contact avec le monde romain dans l’Antiquité tardive. Le ton de sa narration n’en est pas pour le moins déplaisant ou aride. Au contraire, son récit est captivant sans tomber dans la mauvaise vulgarisation scientifique. Ses conclusions sont également respectées, voire estimées par les autres spécialistes.

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Si nous considérons l’ouvrage français, nous y apercevons trois grands historiens français de la Rome antique. Yann Le Bohec est un des grands spécialistes du moment de l’histoire militaire romaine, Marcel Le Glay (mort en 1992) était un spécialiste de la religion romaine réputé et Jean-Louis Voisin est également un chercheur émérite en histoire romaine et est maître de conférences à l’Université de Paris XII. Sans vouloir diminuer leur mérite ou les prendre pour exemple particulier, la couverture de leur ouvrage collectif reflète assez bien la tendance des livres d’histoire français. Leur qualité est indiscutable mais leur approche est un peu trop à l’image des auteurs dont nous apercevons les photos. Un style narratif souvent trop sec, aride, dépourvu du moindre humour ou du souci d’être intéressant non seulement par le contenu mais par la forme. Ceci dit, les ouvrages français ne sont pas d’une qualité inférieure aux livres anglophones. Par contre, puisque ces livres s’adressent pour la plupart à des étudiants ou à des professeurs dont la tâche consiste à lire, lire et lire, ils gagneraient à être plus captivants. Ce n’est pas parce qu’on s’intéresse au domaine en tant qu’étudiant, professeur ou par simple intérêt, que ces livres devraient être arides et ennuyants. L’auteur anglo-saxon Bryan Ward-Perkins, (The Fall of Rome and the end of civilization, Oxford, Oxford University Press, 2005, 239 p.) n’a par exemple pas hésité à donner la traduction d’une inscription retrouvée à Pompéi comme titre pour l’un de ses intertitres : « Here Phoebus the perfume-seller had a really good fuck ».

François Gauthier


Commentaires

1 Comment so far

  1. Gomez Michel on August 7, 2008 9:11 pm

    J’ai exactement le même sentiment.
    J’ai lu pour partie Histoire romaine de Yann Le Bohec, Marcel Le Glay, Jean-Louis Voisin.
    Et suis en train de traduire pour mon plaisir certains chapitres de The Fall of Rome and the end of civilization.

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