Le 31 janvier dernier, à la fin d’un communiqué laconique sur diverses nominations du Conseil des ministres, qui est passé inaperçu, le gouvernement annonçait la nomination des nouveaux membres du Conseil supérieur de la langue française (CSLF). Parmi ceux-ci, le professeur de l’Université Laval Jocelyn Létourneau, un des principaux artisans du projet de réforme de l’enseignement de l’histoire du Québec au secondaire. On avait alors accusé les auteurs du programme de liquider la mémoire nationale en passant sous silence des moments aussi importants que la Conquête et les insurrections de 1837-1838.

En lisant les extraits ci-dessous de textes qu’il a envoyés au Devoir, on pourra mesurer l’apport éventuel de Létourneau à la langue française. Ce qui est un peu troublant est le fait qu’on le comprend mieux quand il utilise l’anglais.

Du “soi” et de l’”autre”
Jocelyn Létourneau
Le Devoir, 18 décembre 2002

Jocelyn LétourneauJe dis “le cas échéant” car l’interaction culturelle doit comporter une dimension réflexive. En d’autres termes, il n’est pas souhaitable que le rapport à l’autre se fasse sur le mode de l’acceptation béate de tout ce qu’est l’autre comme construction référentielle. Ce rapport doit être l’occasion d’un dialogue, c’est-à-dire le moment d’un affrontement aussi égalitaire et amical que possible entre des parties dont les êtres culturels constituent des universaux particuliers qui n’ont pas, au terme de l’interaction, à se “départiculariser” pour se confondre dans un magma impersonnel mais à se renouveler mutuellement en réassumant ou désassumant certaines de leurs références, ce qui suppose des gains et des pertes identitaires pour chacune.

Intellectuels silencieux
Jocelyn Létourneau
Le Devoir, 24 février 2003

L’effet théoriquement libérateur de cette circulation discursive diversifiée, sur les plans qualitatif et technique, est toutefois tempéré par le fait que le dire véhiculé par les médias de masse s’impose habituellement dans l’interlocution publique. À cet égard, il est clair que la parole formulée par les chroniqueurs, animateurs et autres discoureurs œuvrant dans les grands groupes médiatiques configure des espaces d’interlocution au sein desquels la très, très grande majorité des gens finit par se situer et évoluer intellectuellement.

De ce point de vue, il incombe à l’intellectuel une extraordinaire et délicate responsabilité civique — de critique lucide et mesurée — qui ne peut être esquivée.

À mon sens, le défi de l’intellectuel est de se situer au coeur du monde qui se fait en portant ce monde dans ses ambiguïtés, c’est-à-dire en l’accueillant dans son incessant travail sur lui-même et en le conceptualisant dans ses passages, lesquels sont tout à la fois libérateurs et éprouvants, enrichissants et déstabilisants, fascinants et angoissants.

Faut-il ainsi se surprendre, alors même que le phénomène de l’interculturalité est vécu au ras des pratiques des acteurs sur le mode de l’inventivité quotidienne, que de grands énonciateurs québécois, prisonniers de modèles idéaux d’altérité, posent sur cette interculturalité un regard désabusé, qui voyant trop de «métissages» au sein de notre société et qui n’en découvrant pas assez?

Méprises sur un scandale
Jocelyn Létourneau
Le Devoir,
12 mai 2004, p.A7

Jusqu’ici, les Québécois ont surtout manifesté, sur le plan de l’agir politique touchant à leur destin collectif, une tendance à refuser simultanément l’assimilation et l’exclusion, ce à quoi réfère d’ailleurs l’idée d’ambivalence: ni dans l’autre ni sans l’autre. À l’encontre de ce que prétend, voire de ce qu’espère M. Beauchemin, rien ne permet pour le moment de croire que les Québécois entendent s’exiler de l’espace politique correspondant à l’entre-lieu délimité par ces deux pôles - complémentaires et contradictoires tout à la fois - du paysage politique à l’intérieur duquel ils envisagent leur devenir depuis un bon moment déjà.

Franco-Ontarian stirs debate on sovereignty
Toronto Star. Toronto, Ont.: May 27, 2001. pg. 11

Attack on nationalism intentionally provocative:

At the Congress of the Social Sciences and Humanities at Laval University last week, the subject emerged in different ways.

Quebec historian Jocelyn Letourneau argued that Quebec nationalists have to come to terms with the fact that Quebecers have accepted neither Pierre Trudeau’s vision- nor Rene Levesque’s.

They cherish an ambivalence and an ambiguity that neither side of the debate has acknowledged, and Letourneau warned that this ambivalence and ambiguity must be taken into account by Quebec nationalists who have always sought an ideal state of unity, “a final consensus, a fullness without tension.”

As a result, Letourneau finds the melancholy of nationalist rhetoric to be exaggerated and unrealistic: “Actually, we are in the presence of an extremely dynamic society.”

PQ seen as too fragile for debate
KEVIN DOUGHERTY. The Gazette. Montreal, Que.: Jan 20, 2001. pg. A.12

Jocelyn Letourneau, a Universite Laval history professor, said Bouchard was able to hold together two warring factions within the PQ: the independence-at-all-costs wing and the national-affirmation wing that favours defending Quebec’s interests without necessarily breaking with the rest of Canada.

Hero today, gone tomorrow; Historians: changing times require new ideals:
BENOIT AUBIN. The Gazette. Montreal, Quebec: Feb 22, 1992. pg. B.3

“It happens to all societies at regular intervals: we tend to select figures from the past, according to the values of today. When values change, so do heroes and models,” says Jocelyn Letourneau. He is a historian at Universite Laval, and has studied the evolution of what he calls “the identity-making process of Quebecers’ collective being.”


Commentaires

1 Comment so far

  1. Brigitte Bédard on May 5, 2008 9:50 am

    Qu’est-ce qui dit?????????

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