L’herpès: témoignage

March 29, 2008 |

Le 5 octobre , au matin, j’écoute les messages de la boîte vocale de mon cellulaire alors que je prends l’autobus. Mon téléphone avait sonné à 7 h 30, mais je n’étais pas assez réveillée pour prendre l’appel. Lorsque je pris connaissance du message, encore endormie entre deux passagers aussi comateux que moi, je me réveillai d’un coup. Le charmant docteur G. m’annonçait, en ce matin d’automne ensoleillé, que j’étais atteinte du virus simple de l’herpès de type 2. Ding! Ding! Mon arrêt. Je débarque.

J’arrive au bureau. Bonjour. Bonjour. On me donne du boulot avant même que j’aie enlevé mon manteau. Tout de suite. Après trois heures d’activités intenses, il est rendu midi eboulot.jpgt je n’ai même pas vu le temps passer. J’appelle une amie. Et là, cela me revient : mais j’ai l’herpès, moi! Et on ne s’en débarrasse jamais, on ne peut que soulager les symptômes que le virus crée… Ma copine n’y connaît rien, mais je devine, par sa voix lorsque je lui annonce la nouvelle, l’expression de consternation sur son visage. Après avoir raccroché, je cherche sur le Web. Quelles images atroces et horribles on y voit… J’ai mal au cœur, je me sens faible. Puis, je me sens sale. Je ne pourrai plus jamais faire l’amour de toute ma vie. Je rentre chez les Sœurs, si elles veulent bien de moi, évidemment. Mais à part cela, qui est l’effronté qui a osé m’infecter de la « peste de la couchette »? Comment ai-je pu être si naïve, si inconsciente? J’ai besoin d’aide. Je ne vivrai pas cela toute seule, je vais mourir étouffée par mon angoisse…

C’est alors que j’ai eu un conseil, qui allait s’avérer le plus judicieux. On m’a proposé de me rendre à la session d’un groupe d’entraide. Ces deux mots réunis me donnent à eux seuls une poussée d’herpès. Mais je n’ai rien à perdre. Je me rends donc au petit local communautaire près de la rue Masson : maladie honteuse oblige, cela ne se fait pas dans un sous-sol d’église. Dès que j’ouvre la porte, une dizaine de têtes se tournent vers moi et me scrutent aussi attentivement que l’avait fait, deux semaines plus tôt à la clinique, le gentil docteur G. Du coup, Michel, notre GO de l’herpès, tente de nous mettre à l’aise en nous témoignant qu’il est victime de notre problème commun depuis une dizaine d’années. Les habitués participent en partageant leur histoire et leurs petits trucs. Et c’est au fil des discussions que j’en viens à dédramatiser ma situation. L’herpès génital a comme source le même virus que celui du feu sauvage. Pourtant, c’est gênant et non honteux d’avoir l’herpès dit labial. Ce que je vis est tout simplement un peu plus embarrassant dû aux tabous et mauvaises réputations dont est victime n’importe quelle personne contaminée par une infection transmise sexuellement ou par le sang (ITSS). Je suis sortie finalement de la réunion en sifflotant « Le feu sauvage de l’amour » de Rock et Belles oreilles, à mon grand étonnement. Je m’assume enfin. Voilà, cela va déjà mieux.

couple1.jpgMoment crucial d’une infectée : annoncer à l’être aimé qu’il pourrait être contaminé. À la réunion, certains avaient expliqué les troubles causés par leurs humiliants aveux. Je pourrais expérimenter le rejet, moi aussi. Je ne me cacherai pas que c’est une situation délicate… Une heure plus tard, je suis chez moi et j’attends mon ami particulier. J’ai la trouille de faire ma grande déclaration. Et c’est loin d’être celle qui finit avec un jonc… Eh bien, il n’est étonnamment pas répugné par ma révélation . Il est intéressé, me pose des questions sur l’état de mon moral, me serre dans ses bras. Si je m’attendais à cela! Au même moment (ou presque), je comprends que le picotement ressenti un peu plus tôt se veut ma première poussée d’herpès. Bonjour malaise. Quel timing! Mon ami et moi lisons la documentation rapportée de la rencontre. APPLIQUEZ UN SAC DE GLACES SUR LES LÉSIONS POUR OBTENIR UN SOULAGEMENT ET UN EFFET D’ENGOURDISSEMENT. Aussitôt dit, aussitôt fait : le gentleman me remplit de glaces un petit sac Ziploc et me le tend. À l’heure des ITSS, c’est cela, le romantisme.

Les jours qui suivent, j’apprends à maîtriser ma période de crise, communément appelée « récurrence ». Je dors et me repose au maximum. J’utilise un savon non parfumé lorsque je prends mon bain à l’eau tiède et j’assèche au séchoir la région qui héberge mon nouvel ami. Je fais des razzias à la fruiterie, à la boucherie (poulet frit conscrit!), suivies bien sûr de la pharmacie. Je suis au pied de la lettre mon petit manuel de survie. Après quatre jours, je n’ai pratiquement plus de traces de mon malaise. Il n’y a pas de quoi s’énerver, au bout du compte.

Cela dit, je ne peux pas mentir et essayer de convaincre qui que ce soit qu’il est facile d’assumer le fait que je n’ai pas pris de capotes quand il le fallait. J’ai joué avec le feu pendant des années. Et ce, malgré le fait que la majorité des amis de ma mère sont décédés pendant les années 1980, à la suite de durs combats contre un autre virus, celui du VIH. Et dire que le gouvernement provincial vient d’enlever les cours de formation personnelle et sociale à l’école! Eh bien, bravo. À mon avis, c’est baisser les bras devant les réalités de la vie sexuelle d’aujourd’hui. Ce n’est certes pas en retirant aux enfants et aux adolescents l’information pertinente à laquelle ils ont droit qu’on va réduire le nombre d’avortement ou de transmission d’ITSS. Je suis dans la vingtaine, et je ne savais pas avant d’en être atteinte ce qu’était réellement l’herpès.

C’est arrivé comme cela, un matin d’automne tout banal. Mais on dirait que cela fait mon affaire, à vrai dire. Je devais prendre ma santé en main et, velléitaire comme je suis, je crois que j’avais besoin de cela pour me pousser dans cette direction. L’herpès génital m’a peut-être sauvée d’autres troubles tout aussi dérangeants, sinon pires. Je suis foutrement chanceuse de n’avoir que cela. Je sais que je ne m’abandonnerai plus de la même façon au sexe, parce que je suis confrontée à mes responsabilités. J’écoute davantage mon corps, je tente d’éviter le stress, je fais plus d’exercices et surtout, je suis bien entourée. Je suis fin prête à passer le restant de ma vie avec mon virus.


Commentaires

1 Comment so far

  1. Romeo on August 25, 2008 1:25 am

    En fait personne nous donne se virus, c’est nous qui le contractons. C’est deplus merveilleux lorsque l’affecté en prend conscience, il sait a tout jamais qu’il aura repris toute son intégrité et son appartenance a soi. Son désiquilibre affectif lui a enfin fait comprendre par l’infection qu’il sappartenait plus a lui mais aux autres. Voila le meilleur signe de guérison. Les gens on tendence a croire que tout symptome et de fait maladie, mais en fait ce n’est qu’une étape a la guérison.

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