Anick Perreault-Labelle

J’entre dans la classe un peu timidement, en me demandant de quoi peuvent bien avoir l’air des révolutionnaires. Ceux-ci, assis dans une ancienne classe d’école repeinte en jaune serin, sont jeunes et souria0.jpgnts. Des garçons barbus, pour la plupart. Les quelques filles présentes ont un petit côté hippie - turbans multicolores, cheveux longs - qui rappelle vaguement les années 1960. Certains discutent et partagent leur collation avec les autres en attendant le début de la conférence. Les révolutionnaires sont bien moins agressifs que je ne l’aurais cru!

Claire est particulièrement avenante. Retraitée, militante de l’extrême-gauche depuis près de 35 ans, elle me ramène vers l’entrée de la classe. On y trouve une table, devant laquelle je suis passée un peu vite en arrivant, pleine de journaux et de dépliants gratuits ou presque. Claire m’explique pourquoi je devrais les lire et m’encourage à en prendre. Et me raconte qu’à une certaine époque, elle a milité au Parti communiste ouvrier avec… Gilles Duceppe, le chef du Bloc Québécois. «Je ne suis pas arrivée pas à faire venir les autres locataires de mon HLM!, me confie-t-elle entre deux bouchées de pomme. Ils ne s’intéressent qu’au bingo.»

Mon voisin - un baraqué, souriant, mais sans barbe - est plus nouveau. Il vient de temps à autre aux conférences du Parti communiste révolutionnaire «pour entendre un point de vue différent de ce qu’on lit dans les grands médias». Le thème de la conférence de ce soir, organisée par un groupe affilié au Parti communiste révolutionnaire : si l’opposition à la présence canadienne en Afghanistan doit avoir une base pacifiste ou anti-impérialiste.

Christophe, notre conférencier, racle sa gorge. La vingtaine d’auditeurs se tait. Les mouvements pacifistes n’ont guère d’effets, dit le charismatique jeune homme habillé d’un keffieh. Ah bon? Et Gandhi? N’est-ce pas lui qui a poussé la Grande-Bretagne hors de l’Inde? Non, répond-t-il : c’est le manque d’argent de la puissance coloniale, qui se relevait à peine de deux guerres mondiales. Mais, Martin Luther King, n’a-t-il pas mis fin à la ségrégation? Pas plus. Ce sont plutôt les manifestations violentes de Birmingham, en Alabama. Bref, pour Christophe, les pacifistes descendent dans la rue et chantent des chansons, mais cela ne change rien : la guerre et les injustices continuent. «Des groupes comme la coalition Échec à la guerre, c’est du blabla», tranche-t-il en réorganisant ses feuilles de notes.

Les pacifistes ne réalisent pas que la guerre est intimement liée au capitalisme, ajoute Christophe. Il rappelle que la présence canadienne à Kandahar sert les intérêts d’une foule d’entreprises d’ici, dont Bombardier et CAE. Et qu’elle sécurise l’accès du pays pétrole de la région.

La conférence tire à sa fin. Les quelques participants qui prennent la parole expriment leur accord. «On prend une pause et puis on revient avec la partie ‘action’ de la soirée», annonce Christophe. Si je me fie à la grande banderole rouge sang dans le fond de la classe, il faut prendre les armes. À côté du slogan «Canada, hors d’Afghanistan!», on y voit des silhouettes noires qui lèvent le poing et l’une d’elle qui tient une mitraillette!

Pourtant, au retour de la pause, Christophe demande aux camarades combien de tracts ils ont distribués depuis la dernière rencontre. Chacun égrène ses chiffres : 200 à une manif, 100 à l’UAM, 50 au métro Mont-Royal… Christophe note tout. «Mille tracts en tout, c’est bon!» Je suis plutôt déçue : distribuer des tracts pour mettre fin à la présence impérialiste en Afghanistan? «Ouais, ben, on pourrait aussi faire une manif», me répond Christophe. Un peu comme Échec à la guerre ou Martin Luther King…

Site du PCR : http://www.pcr-rcp.ca/fr/


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