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Que sont devenus les anciens marxistes purs et durs ?
March 9, 2008 |
Beaucoup ne se sont pas convertis. Selon le sociologue Stéphane Kelly, des contorsions idéologiques leur ont permis de devenir des acteurs importants dans le domaine de la santé, de l’éducation et des services sociaux du Québec.
« Nous avons déjà diagnostiqué la fin du marxisme, mais il faudrait peut-être s’interroger sur le triomphe des marxistes sur le plan professionnel, à pa
rtir des années 1980. Je pense de façon plus spécifique aux marxistes qui assumeront en grand nombre des fonctions au niveau de la direction. Durant les années 1990, on a été témoin d’une gouverne marxiste dans la réforme de la santé, du système de santé, de l’éducation. Je pense que ce phénomène devrait nous faire réfléchir. Nous aurions intérêt à méditer le schéma proposé par Hanna Arendt dans Les origines du totalitarisme. Elle remarque qu’après la formation de l’idéologie, il y a la création d’un mouvement. En sciences sociales, quand on parle de mouvements, c’est généralement des choses positives, qui amènent du progrès humain. Après sa génèse, le mouvement s’infiltre dans l’État et cherche à monopoliser ses leviers. »
« Il me semble que ce schéma permet de saisir l’entrisme des ultra-gauchistes durant les années 1970 et 1980 dans l’État. Les adeptes du paradigme rouge ont envahi les appareils d’État, comme on disait jadis. Plusieurs sont devenus des dirigeants dans la société. On pourrait certes faire un travail de sociologie politique pour voir par quelles contorsions idéologiques ces gens-là en sont arrivés à vouloir diriger une société capitaliste avancée. (…) Cependant, quand je réfléchis sur l’itinéraire professionnel de ces membres de l’extrême-gauche durant les années 1970, je suis incapable de les voir comme des convertis. La plupart de ces militants, lorsqu’ils relatent ces années, affirment ”être restés fidèles à leurs principes”. En scrutant les slogans de ces militants, lorsqu’ils assument des fonctions directoriales, managériales, on observe qu’ils parlent souvent le même langage. Que ce soit dans le domaine de la santé, de l’éducation, des services sociaux, ils prétendent diriger des révolutions et faire avancer le mouvement de la société. »
« (…) Il y a une continuité dans la pensée et dans la pratique de ces militants. Ils ont pris le pouvoir dans beaucoup d’institutions publiques durant les années 1980-1990. Ils impriment depuis une influence considérable sur les réformes étatiques. L’action de ces militants m’inquiète. (…) Ces militants sont entrés dans le système, non pas pour le réformer, mais pour le révolutionner. »
Stéphane Kelly
Sous la direction de Gilles Gagné. L’antilibéralisme au Québec au XXe siècle - Les séminaires Fernand-Dumont
Éditions Nota bene, 2003
350 p.
Commentaires
1 Comment so far
Évidemment, la solution consiste à donner des responsabilités et du pouvoir décisionnel à des apôtres des privatisations à gogo (genre PPP) et de la marchandisation à tous crins…