Feb
27
Se battre contre les patrons, hier et aujourd’hui
February 27, 2008 |
Aux États-Unis, en 1905, des travailleurs fondent l’Industrial Workers of the World (IWW) dans le but – et je cite – « d’émanciper la classe ouvrière de l’esclavage du capitalisme ».
Les États-Unis sortent alors d’un boom économique sans précédent, marqué par l’enrichissement des Rockefeller et autres Carnegie. À la même époque, néanmoins, les conditions de travail de ceux en bas de l’échelle ne s’améliorent guère: des adolescents triment encore dans des mines ou des manufactures, les accidents industriels sont monnaie courante et le salaire des ouvriers est trop mauvais pour qu’ils se paient plus qu’un taudis. Les Wobblies, comme on surnomme rapidement les sympathisants de l’IWW, remportent quelques victoires. En 1912, ils font annuler une baisse de salaire de 20 000 travailleurs du textile en organisant une grève de plus de deux mois. En 1917, ils font augmenter la rémunération des ouvriers agricoles de 2$ à 5$ et font passer leur journée de travail de 12… à 10 heures.
On s’en doute: le patronat et la bourgeoisie craignent comme le d
iable cette organisation connue, entre autres, pour ses chansons écrites pour « attiser les flammes du mécontentement ». Leur crainte est d’autant plus vive que les Wobblies sont en faveur de l’action directe. En effet, en plus de mener des grèves, ils n’hésitent pas à saboter les moyens de production. C’est-à-dire laisser les chaudières s’éteindre, les outils se perdre ou l’entretien des équipements se faire “oublier”.
Bref, de 1917 à 1919, des centaines de Wobblies sont accusés de différents méfaits – à tort ou à raison –, emprisonnés, battus et même assassinés. Par ailleurs, en 1917, le gouvernement accuse l’IWW de faire obstruction à l’effort de guerre. En effet, l’organisation se prononce contre la conscription. Pour elle, la guerre ne doit pas être menée contre les Allemands et les Austro-Hongrois, mais contre les patrons et les riches. Résultat, le gouvernement intente un procès aux dirigeants de l’IWW, le gagne et les envoie en prison.
La situation a bien changé lorsqu’ils sont enfin libérés, certains vingt ans plus tard. Les enfants des anciens Wobblies sont plus éduqués et mieux payés et le New Deal du président Roosevelt a amélioré le sort des démunis. L’IWW, malgré tout, existe toujours. Elle milite désormais pour l’abolition du salariat. De quoi faire peur, aujourd’hui, autant aux patrons qu’aux travailleurs.
Anick Perreault-Labelle
Pour en savoir plus :
Vidéos
The true story of Joe Hill, IWW activist
Articles
IWW (Encyclopédie canadienne): texte en français
Vous avez dit “wobblies”? (Le Monde libertaire)
L’IWW et la création d’une contre-culture ouvrière révolutionnaire (Franklin Rosemont)
Songs of the Wooblies (Joe Glazer)
Industrial Workers of the World (Wikipédia)
Here come the Wobblies! (American Heritage Magazine)